Marie Borrely

 

Maria Borrely est née le 16 octobre 1890 à Marseille, quartier des Chartreux. Elle passe son enfance à Aix en Provence, puis à Mane dans les Basses-Alpes. Elle est ensuite une brillante élève de l'Ecole Normale d'Institutrices de Digne. Elle se marie avec Ernest Borrely, instituteur bas-alpin, le 24 septembre 1910.
En 1914, Ernest Borrely part au front, Maria reste à Saint Paul sur Ubaye avec son jeune fils Jacques, âgé de trois ans.
En 1917, Ernest est évacué du front pour une grave maladie. La famille se retrouve et c'est un nouveau poste d'instituteur à la Seyne -les-Alpes. Dans le courant de cette même année 1917, Ernest et Maria sont nommés à Puimoisson.

Tous les deux sont communistes et pacifistes depuis le Congrès de Tours de 1921. Mais en 1928, après l'exclusion d'Ernest du Parti Communiste, Maria devient socialiste. Elle sera Secrétaire Générale du Syndicat des Instituteurs des Basses-Alpes.  

 

Dans les années 1928, ils se lient d'amitié avec Jean Giono, le peintre Thevenet, Gabriel Péri, Edouard Peysson. Tous sont venus à Puimoisson. C'est vers cette époque que parait le premier livre de Maria Borrely :"Aube"


En 1929, André Gide est enthousiasmé par le manuscrit du premier roman paysan de Maria Borrely : "Sous le vent".

L'année d'après, parait ce beau livre à la N.R.F. chez Gallimard. C'est un drame fantastique dont le principal personnage est le vent.


En 1930-1934, parution successive du deuxième et troisième roman paysan :

"Le dernier feu" ou l'histoire d'un village Bas-Alpin qui meurt et "Les reculas" ou l'histoire d'un petit village de la vallée de l'Ubaye qui vit sans soleil plusieurs mois durant.


En 1933, Ernest est nommé instituteur à Digne, Maria quitte l'enseignement pour se consacrer à ses travaux. Dès cette époque, elle change d'orientation intellectuelle. Elle abandonne le roman paysan, se consacre à d'autre études et compose des poèmes.
Elle quitte son appartement du boulevard Thiers qui fut l'un des foyers les plus ardents de la résistance Bas-Alpine. Elle vient habiter au quartier du They avec son fils et son mari. Avec un grand courage, beaucoup d'élévation de pensée et de sentiment, elle soigne son mari.
Elle ne cesse de travailler et de lire jusqu'à la fin de sa vie. Elle meurt le 22 févier 1963.

 

 

 

LE PLUS BEAU DE MES POÈMES

Plus beau qu'un massif de roses,
Le plus beau de mes poèmes
Gît au fond de moi
Je ne dirais pas cette chose.
Le plus vrai de mes poèmes
Gît au fond de moi
Je n'ose
Le traduire, ce poème,
Au fond de moi,
Plus beau qu'un massif de roses.
Je n'ose
En l'exprimant il devient prose.
mon beau poème
Ma foi
Mon poème,
Ma joie !
Reste au fond de moi !

 

 

 

 

 

 

 "Le village étale sous le ciel uni la nudité de ses toits roux, s'accote entre des terrasses d'oliviers, épouse l'adret ensoleillé qui penche. Ses pieds baignent dans des près et des vergers fleuris.

Les vieilles tuiles déteintes, les murs ayant perdu au fil des saisons leur crépissage, rien de ce village ne dépare au sein de la colline verte. Tout y est couleur de temps, de rocher. Et quand le soleil se couche derrière les oliviers, le pâté de maisons sordides aux toits inégaux a un plein relief, offrant la plus riche confusion de murs agglomérés, dorés ou rosés, ou couverts d'ombre noirs.

A flan de coteaux et sur la plaine, les maisons, tassées au coeur de l'ancien village, s'étalent mieux alentour, sur la pente abritée aussi bien que là-haut, où souffle un vent dur.

La place, vaste, est sur le plateau, avec de maigres noyers et érables qui ronge la poussière, que mutile le vent, que dessèchent une terre sans eau, les longs étés sans pluie.

Les jours de mistral n'y sont pas gais.

On mange de la poussière. Ceux qui marchent dans le vent, se sentant légers comme la feuille, semblent glisser. Les autres, tête baissée, souffle court, n'enfoncent qu'avec des poussées, des arrêts, des pas de côté, dans la dure épaisseur de vent."

 

 

 

 

 

 

 

A trente pas de la route, le portail,haute entrée dans un débris de rempart noir et découpant une ogive bleue. Le mistral s'y engouffrant y sonne de la trompe.

Sur l'ancien chemin de ronde, au bon air, un figuier a trouvé moyen de pousser, sauvage, dru. L'arc ogival est surmonté d'un écusson avec deux flûtes en barre.

Ceux des plaines sont appelés des Siffleurs.

 

 

 

Extrait de "Sous le vent"

 

"Dans la moyenne Provence, à l'est de la vallée de la Durance, sur le grand plateau d'une altitude de cinq à six cents mètres, entre deux villages : V... et P..., distants de quinze kilomètres, s'étendait autrefois une grande et belle forêt de chênes coupée en son milieu par la route reliant les deux localités. Ceux des paysans de l'endroit qui n'étaient pas très familiers de ces bois ne s'y hasardaient pas souvent, les jours nuageux, craignant de s'y égarer. C'est qu'on y perdait facilement le nord. Le moyen, en effet de se reconnaître, si l'on s'est imprudemment écarté de son sentier et de ses repères alors que, dans ce pays de vaste horizon, on n'aperçoit plus les collines éloignées n'ayant au-dessus de soi, dans la forêt touffue, que les voûtes hautes de chênes. Le paysan égaré perdait vite ses sens. Superstitieux, en proie à la terreur, il pensait avoir été victime d'un maléfice, avoir foulé une herbe méchante et enchantée, une marrido erbo.

La peur de la marrido erbo remonte à quelques décades et n'existe plus ici. Ce n'est pas que chez le paysan toute superstition soit vaincue. C'est que les bois on été décimé. On ne parcourt plus maintenant des kilomètres sous les voûtes des chênes.

La calirière maigre, la lande aride et caillouteuse ont, sur de larges espaces, remplacé la forêt touffue qui masquait l'horizon."


Extrait de "Aube" de Maria Borrely